Criticas y reseñas

De: “Cultures Hybrides”

Por: Jean-Francois Côté

Publicado en: Les Presses de l’Université Laval 2010

De: “Cultures Hybrides”

Por: Jean-Francois Côté

Publicado en: Les Presses de l’Université Laval 2010

 

Cultures hybrides. Stratégies pour entrer et sortír de la modernité 

 

Préface

Culturas híbridas est sans conteste la pièce maîtresse de toute l'ceuvre de Néstor García Canclini. Dans cet ouvrage en effet se trouvent condensées toutes les préoccupations de l'anthropologue d'origine argentine travaillant depuis plus de trente ans au Mexique: la définition de la culture populaire, les tendances contemporaines de la mondialisation, et les trois horizons disciplinaires (anthropologie, sociologie, communication) susceptibles de permettre une interprétation probante du développement actuel des sociétés latino-américaines centrée sur l'épineuse question du destín de la modernité en leur sein - et plus largement, du destin de la modernité dans le monde d'aujourd'hui. L'ouvrage situé ainsi un ensemble de questions complexes qui demeurent toujours aussi vivantes, 20 ans aprés sa publication originale en 1989 (saluée par de nombreux prix, puis reprise dans des traductions en portugais, anglais et italien); la présente traduction francaise permet toujours notamment de mesurer l’actualité de la reflexión de García Canclini, dans un contexte où les tendances identifiées à l'origine dans l'ouvrage ne se sont qu'accentuées depuis (comme le réaffirme la nouvelle introduction à la réédition de l'ouvrage en 2001, qu'on lira ci-après), confirmant alors que l’essor des espaces transnationaux requis par les forces économiques en présence peut être entrevu autrement que par le biais d'une simple homogénéisation croissante des cultures, et affirmant que les processus d'hybridation en cours peuvent nous fournir des indications précieuses sur les orientations d'une hétérogénéité des pratiques qu'on peut lire comme autant de formes d'une dialectique intense rejoignant la formation et la transformation des formes symboliques par et dans lesquelles se tissent les médiations culturelles de nos sociétés.C'est avant tout dans ce sens d'ailleurs que l’ouvrage continué d'innover: en proposant une lecture alternative des médiations symboliques dans lesquelles se meuvent des forces souvent contraires, provenant de sources diverses, et dont la signification est à soupeser en fonction de leur participation à l'édification d'une société internationale dont les ancrages nationaux, s'ils ne peuvent être remis complètement en cause, sont susceptibles d'être lus aujourd'hui dans la relativisation de leurs portées respectives - du fait entre autres de la multiplication des migrations transnationales, des accords de libre-échange internationaux, et de l’intense mixité culturelle que l’on trouve dans le contexte des villes contemporaines tout autour de la planète. Si bien qu'une des propositions sans doute les plus fortes de García Canclini s'établit sur cette base: la redéfinition de la culture populaire, aujourd'hui, ne peut pus correspondre simplement à son opposition à la culture bourgeoise dans laquelle l'avait cantonnée la modernité, non plus qu'á l'opposition subséquente qui l'avait identifiée à la culture ouvrière, pas plus qu'elle ne peut équivaloir à son association ètroite avec la « culture de masse », puisqu’elle est à la fois tout ça et autre chose en plus, que l’on peut synthétiser finalement dans l'idée d'une « culture urbaine», d'une culture prenant sa consistance dans les villes et des métropoles contemporaines, telles qu'en celles-ci se condense toute une expérience du monde actuel, tiraillée dans toutes sortes de contradictions ainsi que dans des moyens de surseoir à celles-ci. La culture urbaine est alors « populaire » au sens où elle rejoint des expressions et des pratiques d'une majorité de la population mondiale, celle des villes justement, qui se reconnaît dans des fractures spatio-temporelles colmatées en partie par les medias. La coexistence de spatialités différentes établies de manière synchrone (telles que celles partagées par les expériences des migrants et de diasporas, certes, mais celles aussi des touristes, des voyageurs, ou même des téléspectateurs ou des internautes) rencontre ainsi la juxtaposition de temporalités tout aussi différentes établies de manière isotopiques (comme celles des traditions culturelles autochtones, celles des marchés transnationaux et celles des cultures nationales). En d'autres termes, tradition, modernité et postmodernité, au lieu d'être perçues suivant le fil d'une évolution sociohistorique linéaire (avec une fin idyllique, ou á l'inverse, apocalyptique), apparaissent ici comme des repères analytiques au travers desquels s’opère une hybridation des formes culturelles nulle part plus perceptible que dans la généralisation de l'expérience urbaine capable de les accueillir toutes en son sein, selon des dispositions souvent inégales bien entendu, et parfois complètement marginalisées ou même ostracisées, mais qui montrent bien les défis auxquels se confronte le monde actuel - et l'Amérique latine apparaît ici comme índice, certes très typique, et même névralgique, sinon critique, de la manière dont ces défis se déploient aujourd'hui1. C'est done dans cette vaste interrogation contemporaine que nous plonge Néstor García Canclini dans l'ouvrage Culture hybrides. Stratégies pour entrer et sortir de la moder­nité.

L'itinéraire intellectuel de García Canclini nous montre à lui seul un parcours dont l'apparent éclectisme, tant sous la forme des objets que de la formation atadémique elle-même et des contextes de référence, trouve une originalité certaine dans la synthèse qu'il produit: l'intellectuel argentin qui réalise des études doctorales en anthropologie à Paris, sous la direction de Paul Ricoeur, se trouve déjà en situation de crise lorsqu'il fuit la dictature militaire de l'Argentine pour s'établir au Mexique en 1976, en y entreprenant des recherches sur la culture populaire. Ses recherches antérieures l'avaient mené du côté de l'expérimentation moderniste en Argentine, d'oú il tire un ouvrage2, et la réorientation qu'il opère entre 1977 et 1980 en se recentrant sur la question de la culture populaire tient aux possibilités qui s’offrent à lui au Mexique; le livre issu de ees travaux, Culturas populares en el capitalismo (Les cultures populaires sous le capitalisme) marque déjà une originalité dans la réflexión à l'égard de cet objet de la culture populaire que García Can­clini ne cessera d'approfondir dans ses résonances empiriques, théoriques et épistémologiques3. II voit en effet se définir dans ce contexte un objet qui ne peut être appréhendé selon les méthodes et les théories alors en usage, parce que sa complexité le situé à un confluent de forces hétérogènes dont aucune problématique de la culture populaire connue jusque-là ne peut vraiment rendre compte; le phénomène « artisanal», tel qu'il apparait dans sa profu­sion et dans son irréductible figure au sein de la société mexicaine, doit être compris et interprété dans ce qu'en lui se réfléchissent les tensions, sinon les fractures dont est porteuse la société, puisque sa marginalité apparente que marquent ses formes mêmes, par rapport aux normes industrielles par exemple, ou encore aux normes esthétiques proprement« artistiques», tient paradoxalement une place céntrale à la fois dans l'économie contemporaine du pays, de même que dans la définition de la culture nationale mexicaine4. À cet égard, l'hybridation joue également dans l'autre sens: l'achat de produits d’artisanat, au travers de son insertion dans des circuits de masse (tourisme, Internet, boutiques, tant sur le plan domestique qu'á l'étranger, etc.) introduit des références d'univers symboliques «traditionnels » dans des univers « modernes » et« postmodernes », comme en viendra

à le confirmer par la suite des études poursuivies sur ce plan.

L'argument que tire García Canclini de cette étude va en effet gagner en étendue et en profondeur dans Cultures hybrides; en premier lieu, il s'agit bien de considérer la transformation dans la nature du «populaire», du fait de son insertion dans des contextes renouvelés, en faisant entre autres la critique des théories marxistes et, plus particulièrement, des propositions avancées par Gramsci dans sa conception de l'« hégémonie », qui ne tient pas suffisamment compte, aux yeux de García Canclini, de la résilience propre aux pra-tiques culturelles « subalternes5». Ainsi, au lieu d'envisager un dépassement utopique de cette situation dans les termes d'une révolution à venir pouvant mettre un terme à la relation de domination dans laquelle évolue la culture populaire, il s'agit plutôt d entrevoir les modalités par lesquelles une évolution des rapports de force se fait au sein même des expressions et des pratiques culturelles, qui s'offrent alors comme des lieux intrinsèques de rencontre modulant leurs formes. Cette discussion, qui tient à éviter la dissociation catégorique entre deux univers culturels en opposition tranchée, renvoyant à un séparation étanche entre eux, s'était prolongée dans le contexte latinoaméricain à la faveur des remises en question faites au travers de tout un courant de réflexion allant de l'« indigénisme » à la «théologie de la libération » - mais García Canclini, lui, la ramène plutôt du côté des débats ayant cours dans le monde européen des Cultural Studies anglo-saxonnes et des analyses bourdieusiennes de la reproduction culturelle6. Encore ici, toute-fois, il ne se contente pas d’emprunter à Raymond Williams, Stuart Hall ou Pierre Bourdieu des notions qu'il appliquerait mécaniquement au contexte latino-américain, puisque ce dernier montre à l'évidence que des différences significatives se présentent, qui demandent à infléchir les références théoriques du côté d'une plus grande ouverture á l'égard de la compréhension des situations empiriques; ce sont celles-ci qui deviennent révélatrices d'une exigence de formulations théoriques originales permettant de comprendre et d'interpréter adéquatement l'objet à l'étude. En second lieu, l'élaboration du concept d'hybridité, ou mieux, d'hybridation (puisqu'il s'agit bien d'un processus), permet la reconnaissance des dynamiques à l’oeuvre dans les contextes observés, puisqu'il ouvre la perception à l'inclusion de plusieurs forces dans les procès de reproduction culturelle, sans pour autant éliminer les tensions et les asymétries qui persistent en eux. Pour García Canclini, la reproduction culturelle des formes symboliques ne peut teñir à des significations «pures», héritées de sources «populaires» comme les désignait le courant romantique dans la foulée de Herder, par exemple, ou encoré des sources « éclairées», comme le soutient la tradition des Lumières, et dans un registre différent, celle des avant-gardes artistiques, mais elle ne peut pas non plus être ramenée à un horizon «populaire» au sens que lui donnent positivement et platement la production industrielle et la consommation de masse; ici le populaire est plutôt ce qui accueille ees rencontres, implicites ou explicites, entre des horizons de sens divers, sans en exclure aucun par principe, et cela dans une acception proche de celle que Mikhaïl Bakhtine par exemple pouvait en donner dans ses vues de la culture médiévale au seuil

de la Renaissance, ou même dans ses conceptions du sujet du langage et de la littérature en général7. En troisième lieu, et puisqu'àce moment s'impose la reconnaissance du contexte contemporain de la transnationalisation qui expose clairement l'enjeu universel de la reproduction culturelle sur un plan outrepassant ses cadres historiques nationaux et les référents épistémiques qui s'y rattachaient, l'enjeu de l'analyse est de par.venir à situer la signification d'ensemble de la modernité dans un contexte d'interrogation de sa portée réelle. En effet, comme l'affirme García Canclini, l'Amérique latine a connu une modernité tout à fait particulière; dans un sens, la modernité ne s'y est jamais réalisée complètement dans ses idéaux d'émancipation et de rationalisation du monde, ou même de simple modernisation, comme

elle a semblé le faire dans les contextes européen et nord-américain, à cause des atavismes traditionnels et de l'autoritarisme parvenant à maintenir des zones définitives de population aliénées de ses objectifs; mais dans un autre sens, et c'est la l'important, elle s'y est réalisée autrement, en mettant en scéne des déplacements et des dépassements de l'horizon proprement moderne qui sont complétement en phase avec des développements contemporains dans lesquels évoluent maintenant la plupart des pays du monde. Ici, le diagnostic de García Canclini rejoint d'ailleurs à bien des égards, bien qu'il les ait anticipes de quelques années, ceux de Homi Bhabha et d'Arjun Appadurai concernant la réévaluation de la signification d'ensemble de la modernité dans le contexte contemporain8. Cultures hybrides. Stratégies pour entrer et sortir de la modernité, apparait alors comme l'oeuvre dans laquelle ces questions sont développées, à partir certes des contextes mexicain et latino-américain, mais elle rejoint ainsi des questionnements qui sont aujourd'hui devenus pratiquement universels, si tant il est vrai que l'interrogation sur le futur du développement international des sociétés actuelles remet en cause non seulement les paramètres du projet de la modernité, mais plus profondément encoré, toutes les références traditionnelles qui permettaient à celle-ci de se réaliser dans une rupture pure et simple vis-à-vis de ces dernières. C'est ainsi que, en Amérique du nord notamment, la présence autochtone, de même que les projets de colonisation et de domination européens, pourtant constitutifs de la modernité mais restés non problématisés comme tels, sont remis en scène comme autant de questions issues d'un contexte qui n'a eu de cesse de manquer à ses promesses de réalisation. Au même mornent, les rapports entre, centre et périphérie établis au travers de la modernité en faveur de l'Europe ont basculé, pendant le XXe siècle et jusqu'à aujourd'hui, dans l'horizon d'une société de masse dominée par les États-Unis, dont l’ hégémonie apparente se mesure en fait aux transformations internes qui en recomposent aujourd'hui la configuration - entre autres du fait de la croissance toujours plus forte de la présence latino-américaine en son sein. Ce que cela signifie, en d'autres termes, c'est que l'analyse que développe García Canclini peut également valoir bien au-delà des frontières du Mexique et de l'Amérique latine, et s'étendre en fait selon des modalités diverses à toutes les Amériques, sinon au-delà d'elles. Loin s'en faut toutefois pour que l'analyse développée dans Cultures hybrides débouche sur la reconnaissance d'une nouvelle synthèse postmoderne faisant l'apologie d'une uniité dans la repro­duction culturelle contemporaine puisque, au contraire, c'est de la division et des oppositions nouvelles qui se profilent dans ce contexte dont se nourrit à partir de là la réflexion de Néstor García Canclini.

Tous les ouvrages publiés par Néstor García Canclini dans la suite de Cultures hybrides s’attaquent en effet à un aspect ou à un autre de la problématique ouverte par ces réflexions seminales; sans prétendre pouvoir ni vouloir résumer ici l’ensemble de cette oeuvre aux múltiples volets, nous pouvons cependant indiquer brièvement la direction qu'elle suit dans quelques-uns des livres importants qui ont fait suite aux ouvrages déjà mentionnés.

On peut à cet égard repérer grosso modo trois thématiques à partir desquelles se prolonge la problématique des cultures hybrides: d'abord des études sur le phénomène de la globalisation en tant que tel, ensuite des études sur les politiques culturelles, et enfin des eludes sur le phénoméne de la ville. Ces trois thématiques, qui ne sont évidemment pas exclusives, mais bien plutôt complémentaires, les unes par rapporl aux autres, sont élaborées dans des contextes divers suivant un ordre non pas strictement chronologique mais bien lopique, et poursuivent l’ objectif d'une interprétation des grands mouvements de la reproduction culturelle contemporaine.

C'est ainsi que dans I’ouvrage Consumidores y ciudadanos. Conflictos multiculturales de la globalización (Consommateurs et citoyens. Conflits multiculturels de la globalisation), García Canclini s'interroge sur les change-ments affectant la définition de l'identité ciloyenne á l'heure des échanges inlernalionaux slructurés par les marches de consommation de biens et de services multimédias, et de marché de circulation des capitaux el de la main-d'oeuvre; en remarquant, dans la préface á la réédition de l'ouvrage publiée en 2000, qu'en l'espace de cinquante ans á peine s'est effectué un passage des références européennes usuelles pour l'Amérique latine aux nouvelles références états-uniennes, il tente de prendre la mesure de ce que signifient ees mouvements entrainant intellectuels, classes moyennes et Iravailleurs immigrants dans l'orbe d'un espace public transnational redéfini par des pratiques et des expressions ne cadrant plus strictement avec les institutions nationales modernes9. S'il ne saurait être question icí d'acquiescer à l'idée d'une transformation unilatérale des formes culturelles, du fait que la consommation apparaît entre autres au travers de pratiques spécifiques qui ont des répercussions regionales diverses, il importe de questionner dans ce sens les référents culturéis de la citoyenneté, eux aussi emportés au-delà de leurs délimitations modernes antérieures, mais sans que soienl aclualisées les transformations institutionnelles permellant l'exercice politique qui revenait en propre aux institutions nationales. Cet aspect des dioses fait d'ailleurs I’objet d'un traitement plus étendu dans l'ouvrage La globalización imagi­nada (La globalisation imaginéé), dans léquel García Canclini met en cause les représentations que I’on s'est faites, depuis une vingtaine d'années, du phénomène d'une mondialisation ne tenant pas compte des pratiques cultu­relles empiriques, et qui par le fait même devient une thématique imaginaire et idéologique capable d'intégrer les oppositions, conflits et contradictions qu'elle génère sans leur donner en retour la place qui leur revient dans les capacités d'action politique. Dans ses aspects les plus dramatiques, cette mondialisalion suivant les traces du néolibéralisme pourrait se présenter comme «immondialisation », n’eut été les mouvements de protestation qui l'ont ouvertement accompagnée en s’opposant à ses vües unificatrices, ces dernières étant avant tout soucieuses de niveler toute trace de contestation en traçant un portrait idyllique, et simpliste au possible, du développement international contemporain10. Dans le plus vif de ses paradoxes, la mondia­lisation se reconnaît sans aucun doute aux inégalités qu'elle crée ou qu'elle renforce, en excluant d'office de larges pans de la population de ses développements unilatéraux; dans le livre Diferentes, desiguales y desconectados. Mapas de la interculturalidad (Différents, inégaux et déconnectés. Les cartes de l'interculturalité), García Canclini s'interroge sur les conditions qui pourraient permettre de pallier à ces injustices en tablant sur les forces culturelles en présence qui, rassemblant les possibilités techniques et technologiques actuelles autanl que les dispositions culturelles traditionnelles, ainsi que les virtualités des institutions modernes, sont susceptibles de fournir des bases à un développemenl international mieux équilibré11. En dehors des définitions proprement modernes de la subjectivité qui tablaient sur l'homogénéité construite de son ancrage culturel, et en tenant compte de l'hétérogénéité interculturelle de sujets contemporains, de même que de leur localisation « périphérique » dans un monde dominé par les forces souvent aveugles de la globalisation, García Canclini plaide pour le développement des possibi­lités de communication (à la fois techniques, technologiques, et spontanées, communautaires) pouvant avoir un effet en retour sur l'aulonomie et l’interdépendance du développement économique, politique et social des individus et des sociétés.

C'est dans ce sens que les politiques culturelles font également l'objet d'une attention particulière de la part de García Canclini; dans l'ouvrage publié en codirection avec Carlos Juan Moneta, Las industriales culturales en la integración latinoamericana (Les industries culturelles dans l'intégration latinoaméricaine), il insiste pour montrer l'importance determinante de cet aspect de la culture contemporaine pour le développement démocratique des sociétés. Dans la foulée des projets d'intégration régionale (MERCOSUR, ALENA, Union européenne) qui restructure les marchés nationaux et internationaux dans une plus grande ouverture aux échanges, et dans la perspective où ces échanges rejoignent les industries de l'information et de la communication (des journaux aux télévisions, de la radiodiffusion á l'Internet, du cinema aux jeux video, etc.), des enjeux spécifiques se dessinent de nouveau ici dans une alternative entre une plus grande homogénéisation des règles et des pratiques, ou une meilleure reconnaissance de la diversité des possibilités de créations et d'expressions culturelles12. À partir du constat que la production, la circulation et la consommation de ees formes symboliques communicationnelles sont de toute manière assujetties à des règles politiques, il s'agit aux yeux de García Canclini de faire en sorte que celles-ci se réfléchissent davantage au sein d'espaces publics réorientés en fonction des nouveaux paramètres géopolitiques qui les structurent, en vue d'y promouvoir des projets culturels correspondant aux réalités culturelles múltiples - et hybrides - qui les constituent. C'est également l'argument central développé dans le collectif codirigé par García Canclini, Reabrir espa­cios públicos. Políticas culturales y ciudadanía (Réouviri les espaces publics. Politiques culturelles et citoyenneté), où les questions relatives aux transformations contemporaines des structures sociétales nationales et internationales sont mises en parallèle aux exigences d'une re-conceptualisation de la citoyenneté donnant pleinement sa place aux assises culturelles redéfinies par le contexte actuel13.

Les ét'údes sur la ville, enfin, donnent justement à Néstor García Can­clini toute la latitude pour examiner ce contexte dans le détail; le phénomène urbain, en effet, parce qu'il condense la plupart des tendances fortes et des transformations qui touchent la société sur l'ensemble de la planéte, avec la croissance fulgurante ces dernières décennies de mégapoles telles que México, Los Angeles, Buenos Aires, Sao Paulo, Londres, Paris, Calcutta ou Tokyo, donne la mesure des défis qui se posent autant à la réflexion qu'à l'action politique. L'originalité de García Canclini sur ce plan, de nouveau, et comparée aux réflexions parallèles de Saskia Sassen ou de Manuel Castells sur cette question par exemple, est de placer l'interrogation au niveau des pratiques culturelles empiriques, en particulier bien entendu celles qui se structurent en fonction de la dimension communicationnelle, en en montrant les divisions, les fractures possibles, de même que les nouvelles possibilités de médiations symboliques qui en sont issues. La ville est aujourd'hui à l'image du monde - ou vice versa - et suivre son évolution actuelle permet de placer l'analyse et la reflexión. Espace de circulation et de déplacements, qui se réalisent autant par les flux internationaux qui la traversent que par les trajets quotidiens des habitants en son sein, la métropole offre une métonymie parfaite de l’ expérience contemporaine, en y reproduisant à son échelle propre les défis du monde actuel, comme autant de tensions symboliques qui peuvent se résoudre ou s'exacerber dans diverses directions14. La ville de México, en particulier, donne le portrait saisissant d'un monde traversé par les expériences d'une population hétérogène qui a été multiplié par 20 depuis les années 1940; cette croissance exponentielle, qui se poursuit toujours, se fait sous le signe inevitable des différences de provenances (immigrés des campagnes, étrangers, refugies, natifs urbains et suburbains), des différences criantes de statuts et de revenus, ainsi que des écarts dans la distribution des moyens de participaron à la vie de la ville - le tout composant une mosaïque hétéroclite dont l'unité se compose, se décompose et se recompose au rythme des pratiques communicationnelles qui se diversifient, se dispersent et/ou se rassemblent dans des condenses spatio-temporels divers mais póreux15. Sans croire que la densité des échanges et des transactions, qui caractérisent la vie métropolitaine, signifie que celle-ci se déploie dans l’harmonie, il reste qu’elle impose en quelque sorte un espace de dialogues, c’est-à-dire un espace d'expressions qui sont mises en rapport selon des modalités dialectiques répartissant des pratiques qui se répondent, ou encoré s'ignorent, qui se heurtent ou, au contraire, s'évitent, et cela souvent à un rythme qui s'apparente au montage en vidéoclip, figurant un imaginaire urbain fragmenté mais néanmoins toujours là pour la sensibilité - sinon pour (et aussi contre) la raison - dans les termes d'une redéfinition du « patrimoine urbain », saisi alors non pas dans sa monumentalité figée ou son histoire archivée, mais bien dans sa vivante actualité16. L'analyste, dans ce contexte, participe activement à la vie culturelle des métropoles, et son rôle d'interprète peut se jouer dans différents registres, car ses implications vivantes au sein de toutes sortes d'activités, littéraires et académiques certes, mais également muséales, d’expositions ou autres, et son accompagnement actif dans les activités culturelles de toutes natures le situent ou mieux, l'incluent réflexivement, dans le développement de la reproduction culturelle17. Cela, mieux que tout autre, Néstor García Canclini l'a incarné entre autres particulièrement bien dans son rôle de directeur du Programme d'études sur la culture urbaine à la Universidad Autónoma Metropolitana, Iztapalapa, de México, de son ouverture en 1990 et jusqu'en 200718.

Jean-François Côté

26 août 2009 

1.    Pour une ideé de cette perception de la situation latino-américaine, voir Néstor García Can­clini, Latinoamericanos buscando lugar en este siglo, Paidós, Buenos Aires, 2002 (traduction française: L'Amérique latine au XXIe siècle, trad. Emmanuelle Tremblay, Presses de l'Université Laval, Québec, 2007).

2.    En fait, les deux premiers livres de García Canclini touchent à la question de l’expression artistiqued'avant-garde; il s'agit de Cortázar, una antropología poética, Nova, Buenos Aires, 1968, portant sur l'oeuvre de l'écrivain Julio Cortázar, et de La producción simbólica, Siglo XX, México, 1979, portant sur les rapports entre la politique et l'avant-garde artistique en Argéntine.

3. Néstor García Canclini. Las culturas populares en el capitalismo, Editorial  Grijalbo, México"; 2002 (1982). Cet ouvrage est paru en anglais sous le titre Transforming Modernity. Popular Culture in México, transl. Lidia Lozano, University of Texas Press, Austin, 2000 (1993).

4. Dans la npuvelle introduction qu'il signe à la sixième édition de cet ouvrage en espagnol en 2002, García Canclini étend l'argument qu'il défendait au sujet du Mexique au contexte latino-américain en entier, en montrant, chiffres à l'appui, que les exportation de l'« arti­sanat» dans de pays comme l'Équateur, le Pérou, la Colombie ou le Chili, en viennent parfois à surpasser celles de biens d'autres natures, et à s'intégrer aux marches transnatiunaux de distribution de masse.

5.Voir entre autres à ce sujet la conférence « Puede ser hoy marxista la teoría de la cultura ? », datant de 1984 et reprise dans l'ouvrage de Néstor García Canclini, Ideología, cultura y poder,Oficina de Publicaciones del CBC, Buenos Aires, 1997 (1995), p. 13-23, dans laquelle García Canclini remet en cause la définition marxiste de la culture, notamment dans sa variante gramscienne, en lui adjoignant les considérations des anthropologues italiens Alberto Gírese et Lombradi Satriani, et en intégrant également des considérations de Maurice Godelier sur les liens intrinsèques de l'économie et du symbolique.

6. En fait, le cours des discussions et critiques qui forme le corps de l'argumentation de García Canclini et le contexte intellectuel de sa formation est plus complexe et plus riche que la schématísation que je présente ici; pour en suivre les détails plus précis, voir l'excellente présentation qu'en donne George Yúdice dans l’Introduction qu'il signe à la traduction anglaise de l'ouvrage Consumidores y ciudadanos. Conflictos multiculturales de laglobalizatión: George Yúdice,«From Hybridity to Policy. For a Purposeful Cultural Studies», dans Néstor García Canclini. Consumers and Citizens. Globalization and Multicultural Conflicts, transl. G. Yúdice, University of Minnesota Press, Minneapolis, 2001, p. vii-xxxviii.

7. Pour les parallèles avec Bakhtine sur la question de l'hybridation, voir entre autres Mikhaïl Bakhtine (V.N. Volochinov), Le marxisme et la philosophie du langage, trad. M. Yaguello, Éditions de Minuit, París, 1977; pour les analyses de la culture populaire suivant cette orientation, Mikhaïl Bakhtine, L'oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen-Âge et sous la Renaissance, trad. A. Robel, Gallimard, Paris, 1970.

8. Voir entre autres à ce-sujet Homi K. Bhabha, The Location of Culture. Routledge. London. 1994, et Arjun Appadurai, Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, University of Minnesota Press, Minneapolis, 1996.

9. Néstor García Canclini, Consumidores y ciudadanos. Conflictos multiculturales de la globalización, Grijalbo, México, 2000 (1995), p.  17. Cet ouvrage est paru également en traduction anglaise sous le titre: Consumers and Citizens. Globalization and Multicultural Conflicts, op. cit. 

10. Néstor García Canclini, La globalization imaginada, Paidós. México et Buenos Aires, 1999.

11. Néstor García Canclini, Diferentes, desiguales y desconectados. Mapas de la interculturalidad, Gedisa, Barcelona, 2004.

12. Voir plus spécifiquement Néstor García Canclini, « Políticas culturales: de las identidades nacionales al espacio latinoamericano», dans Néstor García Canclini et Carlos Juan Moneta (dir.), Las industrias culturales en la integración latinoamericana, Grijalbo, México, 1999,
p. 35-63.______________________________

13. Néstor García Canclini (dir.), Reabrir espacios públicos. Políticas culturales y ciudadanía, Plaza y Valdes, México, 2001.

14. Néstor García Canclini, Alejandro Castellanos et Ana Rosas Mantecón, La ciudad de los viajeros. Travesías e imaginarios urbanos: México, 1940-2000, Grijalbo, México, 1996. _

15. Néstor García Canclini (dir.), Cultura y communicatión en la ciudad de México, Vol. 1: Modernidad y multiculturalidad: la ciudad de México a fin de siglo, Vol. 2: La ciudad y los ciudadanos imaginados por los medios, Grijalbo, México, 1998.

16.  Néstor García Canclini, Imaginarios urbanos, Eudeba, Buenos Aires, 1999 (1997), p. 88-89.

17.  Comme en fait foi l'ouvrage produit à partir d'un événement culturel à Buenos Aires, Néstor García Canclini, Carlos Polimeni et Luis Alberto Quevedo, Buenos Aires No Duerme. Memo­rias del insomnio, Ediciones de la Flor, Buenos Aires, 2000.

18.  Et entre autres realisations à ce titre, mentionnons l'ouvrage Néstor García Canclini (dir.), La antropología urbana en México, Consejo nacional para la cultura y las artes, México, 2005.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De: “Cultures Hybrides”

Por: Jean-Francois Côté

Publicado en: Les Presses de l’Université Laval 2010

 

 

Cultures hybrides. Stratégies pour entrer et sortír de la modernité 

  

Préface 

Culturas híbridas est sans conteste la pièce maîtresse de toute l'ceuvre de Néstor García Canclini. Dans cet ouvrage en effet se trouvent condensées toutes les préoccupations de l'anthropologue d'origine argentine travaillant depuis plus de trente ans au Mexique: la définition de la culture populaire, les tendances contemporaines de la mondialisation, et les trois horizons disciplinaires (anthropologie, sociologie, communication) susceptibles de permettre une interprétation probante du développement actuel des sociétés latino-américaines centrée sur l'épineuse question du destín de la modernité en leur sein - et plus largement, du destin de la modernité dans le monde d'aujourd'hui. L'ouvrage situé ainsi un ensemble de questions complexes qui demeurent toujours aussi vivantes, 20 ans aprés sa publication originale en 1989 (saluée par de nombreux prix, puis reprise dans des traductions en portugais, anglais et italien); la présente traduction francaise permet toujours notamment de mesurer l’actualité de la reflexión de García Canclini, dans un contexte où les tendances identifiées à l'origine dans l'ouvrage ne se sont qu'accentuées depuis (comme le réaffirme la nouvelle introduction à la réédition de l'ouvrage en 2001, qu'on lira ci-après), confirmant alors que l’essor des espaces transnationaux requis par les forces économiques en présence peut être entrevu autrement que par le biais d'une simple homogénéisation croissante des cultures, et affirmant que les processus d'hybridation en cours peuvent nous fournir des indications précieuses sur les orientations d'une hétérogénéité des pratiques qu'on peut lire comme autant de formes d'une dialectique intense rejoignant la formation et la transformation des formes symboliques par et dans lesquelles se tissent les médiations culturelles de nos sociétés.C'est avant tout dans ce sens d'ailleurs que l’ouvrage continué d'innover: en proposant une lecture alternative des médiations symboliques dans lesquelles se meuvent des forces souvent contraires, provenant de sources diverses, et dont la signification est à soupeser en fonction de leur participation à l'édification d'une société internationale dont les ancrages nationaux, s'ils ne peuvent être remis complètement en cause, sont susceptibles d'être lus aujourd'hui dans la relativisation de leurs portées respectives - du fait entre autres de la multiplication des migrations transnationales, des accords de libre-échange internationaux, et de l’intense mixité culturelle que l’on trouve dans le contexte des villes contemporaines tout autour de la planète. Si bien qu'une des propositions sans doute les plus fortes de García Canclini s'établit sur cette base: la redéfinition de la culture populaire, aujourd'hui, ne peut pus correspondre simplement à son opposition à la culture bourgeoise dans laquelle l'avait cantonnée la modernité, non plus qu'á l'opposition subséquente qui l'avait identifiée à la culture ouvrière, pas plus qu'elle ne peut équivaloir à son association ètroite avec la « culture de masse », puisqu’elle est à la fois tout ça et autre chose en plus, que l’on peut synthétiser finalement dans l'idée d'une « culture urbaine», d'une culture prenant sa consistance dans les villes et des métropoles contemporaines, telles qu'en celles-ci se condense toute une expérience du monde actuel, tiraillée dans toutes sortes de contradictions ainsi que dans des moyens de surseoir à celles-ci. La culture urbaine est alors « populaire » au sens où elle rejoint des expressions et des pratiques d'une majorité de la population mondiale, celle des villes justement, qui se reconnaît dans des fractures spatio-temporelles colmatées en partie par les medias. La coexistence de spatialités différentes établies de manière synchrone (telles que celles partagées par les expériences des migrants et de diasporas, certes, mais celles aussi des touristes, des voyageurs, ou même des téléspectateurs ou des internautes) rencontre ainsi la juxtaposition de temporalités tout aussi différentes établies de manière isotopiques (comme celles des traditions culturelles autochtones, celles des marchés transnationaux et celles des cultures nationales). En d'autres termes, tradition, modernité et postmodernité, au lieu d'être perçues suivant le fil d'une évolution sociohistorique linéaire (avec une fin idyllique, ou á l'inverse, apocalyptique), apparaissent ici comme des repères analytiques au travers desquels s’opère une hybridation des formes culturelles nulle part plus perceptible que dans la généralisation de l'expérience urbaine capable de les accueillir toutes en son sein, selon des dispositions souvent inégales bien entendu, et parfois complètement marginalisées ou même ostracisées, mais qui montrent bien les défis auxquels se confronte le monde actuel - et l'Amérique latine apparaît ici comme índice, certes très typique, et même névralgique, sinon critique, de la manière dont ces défis se déploient aujourd'hui1. C'est done dans cette vaste interrogation contemporaine que nous plonge Néstor García Canclini dans l'ouvrage Culture hybrides. Stratégies pour entrer et sortir de la moder­nité.

L'itinéraire intellectuel de García Canclini nous montre à lui seul un parcours dont l'apparent éclectisme, tant sous la forme des objets que de la formation atadémique elle-même et des contextes de référence, trouve une originalité certaine dans la synthèse qu'il produit: l'intellectuel argentin qui réalise des études doctorales en anthropologie à Paris, sous la direction de Paul Ricoeur, se trouve déjà en situation de crise lorsqu'il fuit la dictature militaire de l'Argentine pour s'établir au Mexique en 1976, en y entreprenant des recherches sur la culture populaire. Ses recherches antérieures l'avaient mené du côté de l'expérimentation moderniste en Argentine, d'oú il tire un ouvrage2, et la réorientation qu'il opère entre 1977 et 1980 en se recentrant sur la question de la culture populaire tient aux possibilités qui s’offrent à lui au Mexique; le livre issu de ees travaux, Culturas populares en el capitalismo (Les cultures populaires sous le capitalisme) marque déjà une originalité dans la réflexión à l'égard de cet objet de la culture populaire que García Can­clini ne cessera d'approfondir dans ses résonances empiriques, théoriques et épistémologiques3. II voit en effet se définir dans ce contexte un objet qui ne peut être appréhendé selon les méthodes et les théories alors en usage, parce que sa complexité le situé à un confluent de forces hétérogènes dont aucune problématique de la culture populaire connue jusque-là ne peut vraiment rendre compte; le phénomène « artisanal», tel qu'il apparait dans sa profu­sion et dans son irréductible figure au sein de la société mexicaine, doit être compris et interprété dans ce qu'en lui se réfléchissent les tensions, sinon les fractures dont est porteuse la société, puisque sa marginalité apparente que marquent ses formes mêmes, par rapport aux normes industrielles par exemple, ou encore aux normes esthétiques proprement« artistiques», tient paradoxalement une place céntrale à la fois dans l'économie contemporaine du pays, de même que dans la définition de la culture nationale mexicaine4. À cet égard, l'hybridation joue également dans l'autre sens: l'achat de produits d’artisanat, au travers de son insertion dans des circuits de masse (tourisme, Internet, boutiques, tant sur le plan domestique qu'á l'étranger, etc.) introduit des références d'univers symboliques «traditionnels » dans des univers « modernes » et« postmodernes », comme en viendra

à le confirmer par la suite des études poursuivies sur ce plan. 

L'argument que tire García Canclini de cette étude va en effet gagner en étendue et en profondeur dans Cultures hybrides; en premier lieu, il s'agit bien de considérer la transformation dans la nature du «populaire», du fait de son insertion dans des contextes renouvelés, en faisant entre autres la critique des théories marxistes et, plus particulièrement, des propositions avancées par Gramsci dans sa conception de l'« hégémonie », qui ne tient pas suffisamment compte, aux yeux de García Canclini, de la résilience propre aux pra-tiques culturelles « subalternes5». Ainsi, au lieu d'envisager un dépassement utopique de cette situation dans les termes d'une révolution à venir pouvant mettre un terme à la relation de domination dans laquelle évolue la culture populaire, il s'agit plutôt d entrevoir les modalités par lesquelles une évolution des rapports de force se fait au sein même des expressions et des pratiques culturelles, qui s'offrent alors comme des lieux intrinsèques de rencontre modulant leurs formes. Cette discussion, qui tient à éviter la dissociation catégorique entre deux univers culturels en opposition tranchée, renvoyant à un séparation étanche entre eux, s'était prolongée dans le contexte latinoaméricain à la faveur des remises en question faites au travers de tout un courant de réflexion allant de l'« indigénisme » à la «théologie de la libération » - mais García Canclini, lui, la ramène plutôt du côté des débats ayant cours dans le monde européen des Cultural Studies anglo-saxonnes et des analyses bourdieusiennes de la reproduction culturelle6. Encore ici, toute-fois, il ne se contente pas d’emprunter à Raymond Williams, Stuart Hall ou Pierre Bourdieu des notions qu'il appliquerait mécaniquement au contexte latino-américain, puisque ce dernier montre à l'évidence que des différences significatives se présentent, qui demandent à infléchir les références théoriques du côté d'une plus grande ouverture á l'égard de la compréhension des situations empiriques; ce sont celles-ci qui deviennent révélatrices d'une exigence de formulations théoriques originales permettant de comprendre et d'interpréter adéquatement l'objet à l'étude. En second lieu, l'élaboration du concept d'hybridité, ou mieux, d'hybridation (puisqu'il s'agit bien d'un processus), permet la reconnaissance des dynamiques à l’oeuvre dans les contextes observés, puisqu'il ouvre la perception à l'inclusion de plusieurs forces dans les procès de reproduction culturelle, sans pour autant éliminer les tensions et les asymétries qui persistent en eux. Pour García Canclini, la reproduction culturelle des formes symboliques ne peut teñir à des significations «pures», héritées de sources «populaires» comme les désignait le courant romantique dans la foulée de Herder, par exemple, ou encoré des sources « éclairées», comme le soutient la tradition des Lumières, et dans un registre différent, celle des avant-gardes artistiques, mais elle ne peut pas non plus être ramenée à un horizon «populaire» au sens que lui donnent positivement et platement la production industrielle et la consommation de masse; ici le populaire est plutôt ce qui accueille ees rencontres, implicites ou explicites, entre des horizons de sens divers, sans en exclure aucun par principe, et cela dans une acception proche de celle que Mikhaïl Bakhtine par exemple pouvait en donner dans ses vues de la culture médiévale au seuil 

de la Renaissance, ou même dans ses conceptions du sujet du langage et de la littérature en général7. En troisième lieu, et puisqu'àce moment s'impose la reconnaissance du contexte contemporain de la transnationalisation qui expose clairement l'enjeu universel de la reproduction culturelle sur un plan outrepassant ses cadres historiques nationaux et les référents épistémiques qui s'y rattachaient, l'enjeu de l'analyse est de par.venir à situer la signification d'ensemble de la modernité dans un contexte d'interrogation de sa portée réelle. En effet, comme l'affirme García Canclini, l'Amérique latine a connu une modernité tout à fait particulière; dans un sens, la modernité ne s'y est jamais réalisée complètement dans ses idéaux d'émancipation et de rationalisation du monde, ou même de simple modernisation, comme 

elle a semblé le faire dans les contextes européen et nord-américain, à cause des atavismes traditionnels et de l'autoritarisme parvenant à maintenir des zones définitives de population aliénées de ses objectifs; mais dans un autre sens, et c'est la l'important, elle s'y est réalisée autrement, en mettant en scéne des déplacements et des dépassements de l'horizon proprement moderne qui sont complétement en phase avec des développements contemporains dans lesquels évoluent maintenant la plupart des pays du monde. Ici, le diagnostic de García Canclini rejoint d'ailleurs à bien des égards, bien qu'il les ait anticipes de quelques années, ceux de Homi Bhabha et d'Arjun Appadurai concernant la réévaluation de la signification d'ensemble de la modernité dans le contexte contemporain8. Cultures hybrides. Stratégies pour entrer et sortir de la modernité, apparait alors comme l'oeuvre dans laquelle ces questions sont développées, à partir certes des contextes mexicain et latino-américain, mais elle rejoint ainsi des questionnements qui sont aujourd'hui devenus pratiquement universels, si tant il est vrai que l'interrogation sur le futur du développement international des sociétés actuelles remet en cause non seulement les paramètres du projet de la modernité, mais plus profondément encoré, toutes les références traditionnelles qui permettaient à celle-ci de se réaliser dans une rupture pure et simple vis-à-vis de ces dernières. C'est ainsi que, en Amérique du nord notamment, la présence autochtone, de même que les projets de colonisation et de domination européens, pourtant constitutifs de la modernité mais restés non problématisés comme tels, sont remis en scène comme autant de questions issues d'un contexte qui n'a eu de cesse de manquer à ses promesses de réalisation. Au même mornent, les rapports entre, centre et périphérie établis au travers de la modernité en faveur de l'Europe ont basculé, pendant le XXe siècle et jusqu'à aujourd'hui, dans l'horizon d'une société de masse dominée par les États-Unis, dont l’ hégémonie apparente se mesure en fait aux transformations internes qui en recomposent aujourd'hui la configuration - entre autres du fait de la croissance toujours plus forte de la présence latino-américaine en son sein. Ce que cela signifie, en d'autres termes, c'est que l'analyse que développe García Canclini peut également valoir bien au-delà des frontières du Mexique et de l'Amérique latine, et s'étendre en fait selon des modalités diverses à toutes les Amériques, sinon au-delà d'elles. Loin s'en faut toutefois pour que l'analyse développée dans Cultures hybrides débouche sur la reconnaissance d'une nouvelle synthèse postmoderne faisant l'apologie d'une uniité dans la repro­duction culturelle contemporaine puisque, au contraire, c'est de la division et des oppositions nouvelles qui se profilent dans ce contexte dont se nourrit à partir de là la réflexion de Néstor García Canclini. 

Tous les ouvrages publiés par Néstor García Canclini dans la suite de Cultures hybrides s’attaquent en effet à un aspect ou à un autre de la problématique ouverte par ces réflexions seminales; sans prétendre pouvoir ni vouloir résumer ici l’ensemble de cette oeuvre aux múltiples volets, nous pouvons cependant indiquer brièvement la direction qu'elle suit dans quelques-uns des livres importants qui ont fait suite aux ouvrages déjà mentionnés.

On peut à cet égard repérer grosso modo trois thématiques à partir desquelles se prolonge la problématique des cultures hybrides: d'abord des études sur le phénomène de la globalisation en tant que tel, ensuite des études sur les politiques culturelles, et enfin des eludes sur le phénoméne de la ville. Ces trois thématiques, qui ne sont évidemment pas exclusives, mais bien plutôt complémentaires, les unes par rapporl aux autres, sont élaborées dans des contextes divers suivant un ordre non pas strictement chronologique mais bien lopique, et poursuivent l’ objectif d'une interprétation des grands mouvements de la reproduction culturelle contemporaine. 

C'est ainsi que dans I’ouvrage Consumidores y ciudadanos. Conflictos multiculturales de la globalización (Consommateurs et citoyens. Conflits multiculturels de la globalisation), García Canclini s'interroge sur les change-ments affectant la définition de l'identité ciloyenne á l'heure des échanges inlernalionaux slructurés par les marches de consommation de biens et de services multimédias, et de marché de circulation des capitaux el de la main-d'oeuvre; en remarquant, dans la préface á la réédition de l'ouvrage publiée en 2000, qu'en l'espace de cinquante ans á peine s'est effectué un passage des références européennes usuelles pour l'Amérique latine aux nouvelles références états-uniennes, il tente de prendre la mesure de ce que signifient ees mouvements entrainant intellectuels, classes moyennes et Iravailleurs immigrants dans l'orbe d'un espace public transnational redéfini par des pratiques et des expressions ne cadrant plus strictement avec les institutions nationales modernes9. S'il ne saurait être question icí d'acquiescer à l'idée d'une transformation unilatérale des formes culturelles, du fait que la consommation apparaît entre autres au travers de pratiques spécifiques qui ont des répercussions regionales diverses, il importe de questionner dans ce sens les référents culturéis de la citoyenneté, eux aussi emportés au-delà de leurs délimitations modernes antérieures, mais sans que soienl aclualisées les transformations institutionnelles permellant l'exercice politique qui revenait en propre aux institutions nationales. Cet aspect des dioses fait d'ailleurs I’objet d'un traitement plus étendu dans l'ouvrage La globalización imagi­nada (La globalisation imaginéé), dans léquel García Canclini met en cause les représentations que I’on s'est faites, depuis une vingtaine d'années, du phénomène d'une mondialisation ne tenant pas compte des pratiques cultu­relles empiriques, et qui par le fait même devient une thématique imaginaire et idéologique capable d'intégrer les oppositions, conflits et contradictions qu'elle génère sans leur donner en retour la place qui leur revient dans les capacités d'action politique. Dans ses aspects les plus dramatiques, cette mondialisalion suivant les traces du néolibéralisme pourrait se présenter comme «immondialisation », n’eut été les mouvements de protestation qui l'ont ouvertement accompagnée en s’opposant à ses vües unificatrices, ces dernières étant avant tout soucieuses de niveler toute trace de contestation en traçant un portrait idyllique, et simpliste au possible, du développement international contemporain10. Dans le plus vif de ses paradoxes, la mondia­lisation se reconnaît sans aucun doute aux inégalités qu'elle crée ou qu'elle renforce, en excluant d'office de larges pans de la population de ses développements unilatéraux; dans le livre Diferentes, desiguales y desconectados. Mapas de la interculturalidad (Différents, inégaux et déconnectés. Les cartes de l'interculturalité), García Canclini s'interroge sur les conditions qui pourraient permettre de pallier à ces injustices en tablant sur les forces culturelles en présence qui, rassemblant les possibilités techniques et technologiques actuelles autanl que les dispositions culturelles traditionnelles, ainsi que les virtualités des institutions modernes, sont susceptibles de fournir des bases à un développemenl international mieux équilibré11. En dehors des définitions proprement modernes de la subjectivité qui tablaient sur l'homogénéité construite de son ancrage culturel, et en tenant compte de l'hétérogénéité interculturelle de sujets contemporains, de même que de leur localisation « périphérique » dans un monde dominé par les forces souvent aveugles de la globalisation, García Canclini plaide pour le développement des possibi­lités de communication (à la fois techniques, technologiques, et spontanées, communautaires) pouvant avoir un effet en retour sur l'aulonomie et l’interdépendance du développement économique, politique et social des individus et des sociétés. 

C'est dans ce sens que les politiques culturelles font également l'objet d'une attention particulière de la part de García Canclini; dans l'ouvrage publié en codirection avec Carlos Juan Moneta, Las industriales culturales en la integración latinoamericana (Les industries culturelles dans l'intégration latinoaméricaine), il insiste pour montrer l'importance determinante de cet aspect de la culture contemporaine pour le développement démocratique des sociétés. Dans la foulée des projets d'intégration régionale (MERCOSUR, ALENA, Union européenne) qui restructure les marchés nationaux et internationaux dans une plus grande ouverture aux échanges, et dans la perspective où ces échanges rejoignent les industries de l'information et de la communication (des journaux aux télévisions, de la radiodiffusion á l'Internet, du cinema aux jeux video, etc.), des enjeux spécifiques se dessinent de nouveau ici dans une alternative entre une plus grande homogénéisation des règles et des pratiques, ou une meilleure reconnaissance de la diversité des possibilités de créations et d'expressions culturelles12. À partir du constat que la production, la circulation et la consommation de ees formes symboliques communicationnelles sont de toute manière assujetties à des règles politiques, il s'agit aux yeux de García Canclini de faire en sorte que celles-ci se réfléchissent davantage au sein d'espaces publics réorientés en fonction des nouveaux paramètres géopolitiques qui les structurent, en vue d'y promouvoir des projets culturels correspondant aux réalités culturelles múltiples - et hybrides - qui les constituent. C'est également l'argument central développé dans le collectif codirigé par García Canclini, Reabrir espa­cios públicos. Políticas culturales y ciudadanía (Réouviri les espaces publics. Politiques culturelles et citoyenneté), où les questions relatives aux transformations contemporaines des structures sociétales nationales et internationales sont mises en parallèle aux exigences d'une re-conceptualisation de la citoyenneté donnant pleinement sa place aux assises culturelles redéfinies par le contexte actuel13. 

Les ét'údes sur la ville, enfin, donnent justement à Néstor García Can­clini toute la latitude pour examiner ce contexte dans le détail; le phénomène urbain, en effet, parce qu'il condense la plupart des tendances fortes et des transformations qui touchent la société sur l'ensemble de la planéte, avec la croissance fulgurante ces dernières décennies de mégapoles telles que México, Los Angeles, Buenos Aires, Sao Paulo, Londres, Paris, Calcutta ou Tokyo, donne la mesure des défis qui se posent autant à la réflexion qu'à l'action politique. L'originalité de García Canclini sur ce plan, de nouveau, et comparée aux réflexions parallèles de Saskia Sassen ou de Manuel Castells sur cette question par exemple, est de placer l'interrogation au niveau des pratiques culturelles empiriques, en particulier bien entendu celles qui se structurent en fonction de la dimension communicationnelle, en en montrant les divisions, les fractures possibles, de même que les nouvelles possibilités de médiations symboliques qui en sont issues. La ville est aujourd'hui à l'image du monde - ou vice versa - et suivre son évolution actuelle permet de placer l'analyse et la reflexión. Espace de circulation et de déplacements, qui se réalisent autant par les flux internationaux qui la traversent que par les trajets quotidiens des habitants en son sein, la métropole offre une métonymie parfaite de l’ expérience contemporaine, en y reproduisant à son échelle propre les défis du monde actuel, comme autant de tensions symboliques qui peuvent se résoudre ou s'exacerber dans diverses directions14. La ville de México, en particulier, donne le portrait saisissant d'un monde traversé par les expériences d'une population hétérogène qui a été multiplié par 20 depuis les années 1940; cette croissance exponentielle, qui se poursuit toujours, se fait sous le signe inevitable des différences de provenances (immigrés des campagnes, étrangers, refugies, natifs urbains et suburbains), des différences criantes de statuts et de revenus, ainsi que des écarts dans la distribution des moyens de participaron à la vie de la ville - le tout composant une mosaïque hétéroclite dont l'unité se compose, se décompose et se recompose au rythme des pratiques communicationnelles qui se diversifient, se dispersent et/ou se rassemblent dans des condenses spatio-temporels divers mais póreux15. Sans croire que la densité des échanges et des transactions, qui caractérisent la vie métropolitaine, signifie que celle-ci se déploie dans l’harmonie, il reste qu’elle impose en quelque sorte un espace de dialogues, c’est-à-dire un espace d'expressions qui sont mises en rapport selon des modalités dialectiques répartissant des pratiques qui se répondent, ou encoré s'ignorent, qui se heurtent ou, au contraire, s'évitent, et cela souvent à un rythme qui s'apparente au montage en vidéoclip, figurant un imaginaire urbain fragmenté mais néanmoins toujours là pour la sensibilité - sinon pour (et aussi contre) la raison - dans les termes d'une redéfinition du « patrimoine urbain », saisi alors non pas dans sa monumentalité figée ou son histoire archivée, mais bien dans sa vivante actualité16. L'analyste, dans ce contexte, participe activement à la vie culturelle des métropoles, et son rôle d'interprète peut se jouer dans différents registres, car ses implications vivantes au sein de toutes sortes d'activités, littéraires et académiques certes, mais également muséales, d’expositions ou autres, et son accompagnement actif dans les activités culturelles de toutes natures le situent ou mieux, l'incluent réflexivement, dans le développement de la reproduction culturelle17. Cela, mieux que tout autre, Néstor García Canclini l'a incarné entre autres particulièrement bien dans son rôle de directeur du Programme d'études sur la culture urbaine à la Universidad Autónoma Metropolitana, Iztapalapa, de México, de son ouverture en 1990 et jusqu'en 200718.

Jean-François Côté

26 août 2009 

 

1.    Pour une ideé de cette perception de la situation latino-américaine, voir Néstor García Can­clini, Latinoamericanos buscando lugar en este siglo, Paidós, Buenos Aires, 2002 (traduction française: L'Amérique latine au XXIe siècle, trad. Emmanuelle Tremblay, Presses de l'Université Laval, Québec, 2007). 

2.    En fait, les deux premiers livres de García Canclini touchent à la question de l’expression artistiqued'avant-garde; il s'agit de Cortázar, una antropología poética, Nova, Buenos Aires, 1968, portant sur l'oeuvre de l'écrivain Julio Cortázar, et de La producción simbólica, Siglo XX, México, 1979, portant sur les rapports entre la politique et l'avant-garde artistique en Argéntine. 

3. Néstor García Canclini. Las culturas populares en el capitalismo, Editorial  Grijalbo, México"; 2002 (1982). Cet ouvrage est paru en anglais sous le titre Transforming Modernity. Popular Culture in México, transl. Lidia Lozano, University of Texas Press, Austin, 2000 (1993).

4. Dans la npuvelle introduction qu'il signe à la sixième édition de cet ouvrage en espagnol en 2002, García Canclini étend l'argument qu'il défendait au sujet du Mexique au contexte latino-américain en entier, en montrant, chiffres à l'appui, que les exportation de l'« arti­sanat» dans de pays comme l'Équateur, le Pérou, la Colombie ou le Chili, en viennent parfois à surpasser celles de biens d'autres natures, et à s'intégrer aux marches transnatiunaux de distribution de masse.

5.Voir entre autres à ce sujet la conférence « Puede ser hoy marxista la teoría de la cultura ? », datant de 1984 et reprise dans l'ouvrage de Néstor García Canclini, Ideología, cultura y poder,Oficina de Publicaciones del CBC, Buenos Aires, 1997 (1995), p. 13-23, dans laquelle García Canclini remet en cause la définition marxiste de la culture, notamment dans sa variante gramscienne, en lui adjoignant les considérations des anthropologues italiens Alberto Gírese et Lombradi Satriani, et en intégrant également des considérations de Maurice Godelier sur les liens intrinsèques de l'économie et du symbolique.

6. En fait, le cours des discussions et critiques qui forme le corps de l'argumentation de García Canclini et le contexte intellectuel de sa formation est plus complexe et plus riche que la schématísation que je présente ici; pour en suivre les détails plus précis, voir l'excellente présentation qu'en donne George Yúdice dans l’Introduction qu'il signe à la traduction anglaise de l'ouvrage Consumidores y ciudadanos. Conflictos multiculturales de laglobalizatión: George Yúdice,«From Hybridity to Policy. For a Purposeful Cultural Studies», dans Néstor García Canclini. Consumers and Citizens. Globalization and Multicultural Conflicts, transl. G. Yúdice, University of Minnesota Press, Minneapolis, 2001, p. vii-xxxviii.

7. Pour les parallèles avec Bakhtine sur la question de l'hybridation, voir entre autres Mikhaïl Bakhtine (V.N. Volochinov), Le marxisme et la philosophie du langage, trad. M. Yaguello, Éditions de Minuit, París, 1977; pour les analyses de la culture populaire suivant cette orientation, Mikhaïl Bakhtine, L'oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen-Âge et sous la Renaissance, trad. A. Robel, Gallimard, Paris, 1970.

8. Voir entre autres à ce-sujet Homi K. Bhabha, The Location of Culture. Routledge. London. 1994, et Arjun Appadurai, Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, University of Minnesota Press, Minneapolis, 1996.

 

9. Néstor García Canclini, Consumidores y ciudadanos. Conflictos multiculturales de la globalización, Grijalbo, México, 2000 (1995), p.  17. Cet ouvrage est paru également en traduction anglaise sous le titre: Consumers and Citizens. Globalization and Multicultural Conflicts, op. cit. 

10. Néstor García Canclini, La globalization imaginada, Paidós. México et Buenos Aires, 1999. 

11. Néstor García Canclini, Diferentes, desiguales y desconectados. Mapas de la interculturalidad, Gedisa, Barcelona, 2004.

12. Voir plus spécifiquement Néstor García Canclini, « Políticas culturales: de las identidades nacionales al espacio latinoamericano», dans Néstor García Canclini et Carlos Juan Moneta (dir.), Las industrias culturales en la integración latinoamericana, Grijalbo, México, 1999,
p. 35-63.______________________________                           

13. Néstor García Canclini (dir.), Reabrir espacios públicos. Políticas culturales y ciudadanía, Plaza y Valdes, México, 2001. 

14. Néstor García Canclini, Alejandro Castellanos et Ana Rosas Mantecón, La ciudad de los viajeros. Travesías e imaginarios urbanos: México, 1940-2000, Grijalbo, México, 1996. _

15. Néstor García Canclini (dir.), Cultura y communicatión en la ciudad de México, Vol. 1: Modernidad y multiculturalidad: la ciudad de México a fin de siglo, Vol. 2: La ciudad y los ciudadanos imaginados por los medios, Grijalbo, México, 1998.

16.  Néstor García Canclini, Imaginarios urbanos, Eudeba, Buenos Aires, 1999 (1997), p. 88-89. 

17.  Comme en fait foi l'ouvrage produit à partir d'un événement culturel à Buenos Aires, Néstor García Canclini, Carlos Polimeni et Luis Alberto Quevedo, Buenos Aires No Duerme. Memo­rias del insomnio, Ediciones de la Flor, Buenos Aires, 2000. 

18.  Et entre autres realisations à ce titre, mentionnons l'ouvrage Néstor García Canclini (dir.), La antropología urbana en México, Consejo nacional para la cultura y las artes, México, 2005.